Ad vitam æternam

(les sept étapes du deuil)


Le téléphone en main pétrifié sur ma chaise

En chutant dans le vide du haut de la falaise

L'airbag de l'alcool n'amortit pas le frontal

Choc de ma suspension immédiate et brutale


Miraculé en vie après le tsunami

Seul chez moi sans collègue et bien trop peu d'amis

Mais tout va s'arranger bientôt en vérité

En déni de ma nouvelle réalité


Je crève d'hurler ma rage de leur crever

Les pneus leur cracher à la gueule et leur planter

Un couteau dans le bide à ces cons En colère

J'enrage à l'intérieur contre le Ministère


Travail de deuil

Deuil du travail

Je vous condamne

De tout' mon âme

Ad vitam

Æternam


Sans explication ni réponse à mes questions

Sans comprendre ce qui m'arrive en dépression

Isolé retranché itinérant fuyant

Je m'efface et m'oublie de la vie des vivants


Si face à leur mépris et leur acharnement

Sans lâcher je me bats administrativ'ment

De T.A. en C.A. seul sans résignation

Et des années durant avec obstination


Chaque radiation mise à disposition

Annulée mais ignorée sans acceptation

Des jugements par eux pour moi aucun pardon

Sans relâche j'écris ma RéÉducation


Travail de deuil

Deuil du travail

Je vous condamne

De tout' mon âme

Ad vitam

Æternam


Sans réintégration et sans reconstruction

De carrièr' condamnés mais sans exécution

Je vis avec le fantôm' de ma vie d'avant

[Comment faire le deuil d'un mort encor vivant ?] (ad libidum)

Lanceur d'alerte


Informateur

Du grand public

Indicateur

Journalistique

Le tri-radié

Miraculé

Qui n'a jamais

Abandonné

Dénonc' tout haut

C' qu'on ne peut pas

Face aux micros

Et caméras


Lanceur d'alerte

Seul je disserte

Sur les pratiques

Académiques


En poing brandi

Des mains qui prient

Majeur levé

Des yeux baissés

La rage au cœur

La guerre au front

Contr' la douleur

Et l'abandon

Le mégaphone

Des cris aphones

Le porte-voix

D'agents sans-voix


Lanceur d'alerte

Pour ceux qui luttent

En pure perte

Mais pas sans but


Témoin à charge

D'un lâche meurtre

Attaque en meute

Et avec rage

En procureur

Des chaises vides

De supérieurs

Carrièricides

Vengeur masqué

Des résignés

Pour eux je vais

Les fair' casquer


Lanceur d'alerte

Tous ces connards

Pass'ront pas par

Profits et pertes


Intérêts


Alors que je vous disais

En face en ce vingt-six mai**

« Vous n'avez pas intérêt

Messieurs à vous attaquer

À moi mon écriture et

Mes enfants » vous l'avez fait

Vous allez le regretter


Votre sanction annulée

Au T.A. vous ne deviez

Alors que me rembourser

Le peu que vous me deviez

Quand moi je ne demandais

Après titularisé

Qu'à êtr' réorienté


Vous n' deviez vous acquitter

Que de prim's en arriérés

Sans dommag's et intérêts

Ni intérêts

Sur intérêts

Vous y aviez intérêt



Mais vous l'avez refusé

Et vous m'avez re-radié

En Cour d'appel condamnés

Juste à me réintégrer

Et donc me re-salarier

Vous avez tout ignoré

Et vous vous êt's obstinés


À chaque étap' vous n'aviez

Qu'à tout arrêter régler

Ma situation payer

Mais en ne faisant jamais

Rien mois après mois après

Mois la facture a grimpé

Sans cesse jusqu'à l'excès


Vous devez vous acquitter

De mes salair's à l'arrêt

Sans dommag's et intérêts

Ni intérêts

Sur intérêts

Vous y avez intérêt



Quel était votre intérêt

Durant toutes ces années

Autre que de me montrer

Que pour vous je n'existais

Pas méprisé bâillonné

Insignifié d'essayer

Juste de me fair' craquer


Votre pourvoi rejeté

En cassation vous devrez

Sans pouvoir le reporter

Un' fois de plus sine die

Saisis sur compt's par huissier

Douze ans après me payer

Tout ce que vous me devrez


Primes salair's S.F.T.

Échelons impôts loyers

Sus dommag's et intérêts

Et intérêts

Sur intérêts

« Vous n'aviez pas intérêt »


Je vous l'ai fait regretter


* monorime ** 2014

J'ai fait le rêve...


J'ai fait le rêv' d'un logiciel

De gestion institutionnelle

Dénué de tout' vanité

Mépris ou supériorité

Juste un autonome intellect

Neutre indépendant sans affect

Visant à l'efficacité

Surpassant leur débilité


Basé sur raison et logique

Ce procédé informatique

Gérait les programm's et horaires

Méthodes et rythmes scolaires

Recrutements affectations

Congés réorientations

Conseils de classe emplois du temps

Et notation des enseignants


Plus d' réunion

De formation

Plus d'D.R.H.

Et plus de stage

Plus d'hiérarchie

Juste un' machine

Un seul ordinateur quantique

En place de toute leur clique


Plus de salair's ni de retraites

De gestion des ressourc's humaines

Plus d'avantag's d'indemnités

Ni de congés maternité

Plus d'inspecteurs de directeurs

Un' secrétaire à la rigueur

Un abonnement suffisait

À remplacer tous ces tarés


Et leur hôtel de Rochechouard

Était transformé en un parc

Pour des serveurs informatiques

À révolution numérique

L'intelligence artificielle

Expropriait la rue d' Grenelle

Remplaçant tous ses directeurs

Par un seul microprocesseur


Plus de DASEN

Un logiciel

Plus de recteur

Juste un serveur

Et plus d'I.A.

Juste une I.A.

Tous ces faux culs à petit' bite

Remplacés par quelques Q-bits


Et ces cons au chômag' suaient

À fond dans l'effort ahanaient

Jour et nuit sept sur sept vingt-quatre

Heur's sur vingt-quatr' des kilowatts

Jusqu'à leur retraite sans trêve

Vacances jour férié ni grève

Pédalaient pour alimenter

L' serveur en électricité


Plus de dirlos

Mais des vélos

Plus de hussards

Mais des cuissards

Plus d'inspecteurs

Mais des compteurs

Et pour une fois on savait

Enfin à quoi on les payait


Hélas je me suis réveillé

C'était trop beau pour être vrai


* parlé

Je compte


J'entoure en roug' les jours fériés

Et grèvés au calendrier

Biffe les heur's d'information

Syndicale et les formations


Je compte les ans qu'il me reste

À tirer jusqu'à la retraite

Et compte les mois de galère

Jusqu'à la fin d'année scolaire


Dès le lundi je me projette

Jusqu'à vendredi dans ma tête

En sautant les demi-journées

Restées chez moi à déprimer


Je compte par sept les semaines

De cours de week-end en week-end

Décompte les jours de congé

Maladie où j'ai replongé


Au tableau j'écris lentement

Pour tenter de gagner du temps

Je joue la montre fais semblant

M'accrassine terriblement


Je compte les heures d'ennui

Jusqu'à l'ultime sonnerie

Recompt' les minutes jusqu'à

La récré qui s'imposera


Un papier à distribuer

C'est cinq minutes de gagnées

Moins dix on est dans le money

Time Allez je laisse traîner


Je compt' les second's en silence

Jusqu'à la fin de la séance

Mais compte surtout sur moi-même

Sans plus rien espérer du MEN.

Réorientation


Vous m'avez emmuré vivant

Et laissé mourir dans le noir

De faim et de soif sans espoir

D'un jour sortir en attendant

Que la méprisante attention

D'encadrants supérieurs se porte

Enfin sur ma situation

Fonctionnariale peu accorte


Après onze ans dans ce mouroir

Je suis résigné à passer

Mes quinze dernières années

À travailler dans un placard

Un cagibi mal éclairé

À gauche au fond d'un couloir borgne

Un bureau froid que nul ne lorgne

Et un vieux Bic usé m'iraient


Dans un office sans fenêtre

Glacial l'hiver cuisant l'été

Pour entretenir le mal-être

D'un agent rebelle à dompter

Un travail inintéressant

Dans un ministère fantoche

Et des fonctions fictives tant

Qu'un salaire emplisse mes poches


Un tampon un sous-main terni

Un bureau bancal malaisant

Un fauteuil rongé par les ans

Gisant sous le plafond qui fuit

D'un débarras orienté nord

Balayé par les courants d'air

Non isolé pour l'inconfort

Dans les combles feraient l'affaire


Une cellule dans l'impasse

D'un corridor où nul ne passe

Et une tablette branlante

Pour support seraient suffisantes

Aux tâches administratives

Insipid's et répétitives

De fonctions sous-catégoriées

Tant qu'elles me soient salariées


Une lampe de bureau glauque

En plastique décoloré

À l'ampoule qui stroboscope

Mes heures oiseus's abhorrées

Un bout de crayon à papier

Pour graver les bâtons de suie

Du décompte des jours d'ennui

Jusqu'à retraite pensionné


Même un réduit sombre en soupente

Une cabine d'essayage

De nouvelles fonctions me tente

Plus que rester en esclavage

Sous la férule autorité

De votre supériorité

Dédaigneuse exilé banni

De votre ministère honni

Vous


[Nulle gloir' pour le crieur

Public qui vient sonner l'heure

De la mobilisation

Nul hourra pour le clairon

Ni applaudissement pour

L'apparition du tambour

De ville ou l'appariteur

Qui vient – oiseau de malheur –

La mine grave et le ton

Martial d'un froid peloton

Édicter officiell'ment

Le funeste enrôlement] (parlé)


Vous les suspendus radiés

Abusiv'ment dégradés

Par la même hiérarchie

De toutes catégories

Profs directeurs secrétaires

A.E.D. ou infirmières

Faisant fonction vacataires

Fonctionnaires titulaires

Stagiair's et intérimaires

Du primaire et secondaire

Serrez-vous les coudes faites

Bloc refusez la défaite


Vous les pauvres démunis

Assiégés par l'ennemi

Résistez de l'intérieur

Pour défendre vos valeurs

Face au fasciste cartel

De l'honnie rue de Grenelle

Et l'extrémiste racaille

De la place Bir-Hakeim

Battez-vous toujours Baisser

Les bras serait les laisser

Empiéter sur vos idées

Et saper la Liberté


Vous menacés harcelés

Abandonnés plus payés

Assiégés persécutés

Opprimés et apeurés

Désarmés mais en mission

Face à l'Administration

Par leurs snipers pris pour cible

La défaite est impossible

Vous avez l'obligation

De lutter sans reddition

Et arracher l'armistice

Des mains de votre rectrice


Vous tous les premières lignes

Maginot contre les crimes

Et fautes professionnelles

D' supérieurs dysfonctionnels

Reclus même au fond du trou

En ne comptant que sur vous

Vous souffrirez de longs mois

Sans attendr' des syndicats

Les renforts promis d'alliés

Qui ne veulent se mouiller

Préférant garder leurs heures

De décharge à leurs valeurs


Vous dans les abris terrés

Et dans les caves serrés

L'un contre l'autre apeurés

Seuls dans le noir à pleurer

Pendant que l'orage passe

Ne pouvant plus faire face

Souvent vous succomberez

À l'abattement serez

Démunis désespérés

Mais sans fin résisterez

Jusqu'à victoire finale

Pour le Bien contre le Mal


Vous les agents harcelés

Scolaires même esseulés

Comptez-vous gardez espoir

C'est là votre heure de gloire*

Ils sont certes plus vicieux

Mais vous êtes plus nombreux

Et la victoir' ne s'obtient

Que l'en misant sur les siens

Le succès n'est pas final

Et l'échec n'est pas fatal

Ce qui compte est le courage

De poursuivre avecque rage*


Vous fragiles pots de terre

Contre leur dur pot de fer

Heurtés fêlés ébréchés

Fissurés mais pas cassés

Vous livrerez des batailles

Administrativ's cruciales

Au T.A. puis en appel

Au C.A. même au Conseil

D’État pour invalider

Leurs décisions remplacer

Leurs arrêtés illégaux

Par des arrêts bien légaux


Vous qui aurez tout donné

Sans jamais abandonner

Avant que deux doigts en l'air

Brandis en signe de guerre

Contre eux et le désespoir

Forment le V de victoire

Finale contre le Mal

D' la barbarie rectorale

Au temps où il faut souffrir

Je n'ai rien d'autre à offrir

Que du sang et du labeur

Des larm's et de la sueur*


Vous innocentes victimes

De leurs nombreux odieux crimes

Contre votre humanité

Vous les ferez abdiquer

Désarmés les bras en l'air

Trouerez leur rideau de fer*

Et sans plus avoir peur d'eux

Scruterez droit dans les yeux

Ceux qui vous avaient dénié

Le droit à l'égalité

Gagnant votre liberté

Seuls et sans fraternité


* citations et expressions de Winston Churchill

Prologue

Prologue Malheureusement l’histoire contée Dans ces pages avec objectivité (Les lettres mails et propos rapportés Entre guillemets pour en ...